Réalisation & scénario : Christoph Schlingensief
Production : Christoph Schlingensief, Wolfgang Schulte
Musique : Helge Schneider
Avec : Anna Fletcher, Reinald Schnell, Helge Schneider
LIEN (Merci à Anonyme)
"Une nuit, dans une ville d'Allemagne, plongée dans le chaos. Un groupe
d'hommes et de femmes, revêtus d'uniformes datant de la Seconde Guerre
mondiale, chantent à la gloire d'un individu. L'Humanité tout entière,
disent-ils, lui sera un jour reconnaissant. Assis sur une balançoire, un
jeune et un vieil homme assistent à la scène en se serrant la main.
Soudain, une sirène retentit. Des voyous s'en prennent à une femme
rasée. Une chorale réclame de la musique. Le garçon met sa radio. Du
jazz crépite..."

"Même si vous ignorez le point de vue métaphysique et choisissez de
regarder le monde du côté rationnel c'est à dire de l'extérieur, il vous
faut tout de même un minimum de compréhension pour en saisir l'unité.
La lutte pour l'existence et pour l'enfant à problèmes doit être menée
en permanence."
Voici ce que hurle un des personnages traversant un bois sous le
bruit des bombes, poussant frénétiquement sa femme à moitié nue en
chaise roulante. C'est bien évidemment une phrase sur le film lui-même,
phrase que le réalisateur a choisi comme point d'entrée de cette œuvre.
Autant
le dire tout de suite, ce n'est pas un film facile, aucun de ceux de
Schlingensief ne le sont de toute façon. C'est un réalisateur hardcore,
qui s'érige presque en directe évolution du cinéma de Fassbinder et de
Lynch. Pourtant, le film auquel il m'a le plus fait penser, c'est la
Cité des Femmes, de Fellini. On y trouve la même énergie anarchiste, le
même bordel permanent et la même énergie contrastée, incarnée d'un côté
par des personnages hystériques, de l'autre par une caméra au calme
exemplaire. Rarement aura-t'on vu une mise en scène si posée pour un tel
déferlement de folie. Voir, en plan fixe, large, ce père couché au côté
de son fils, la trentaine mais au t-shirt bien trop petit pour lui,
lécher son oreille et réciter ce qui se rapproche d'une litanie funèbre.
Ou bien cet obèse à la tête horrible (qu'il m'excuse si il me lit),
tripoter puis manger ce qui ressemble à une cervelle gluante ou à une
bouillie de tripes, jusqu'à ce qu'un moustachu lui insère ses doigts
dans la bouche, lui faisant vomir ce qui ressemblait pourtant à un si
bon repas, dans un long gros plan aux mouvements rares. C'est quelque
chose.
Et là où de pareilles scènes pouvaient se retrouver chez Fellini
(plus contrastée quand même) ou chez Lynch, il existe pourtant une
différence fondamentale entre les artistes. Fellini et Lynch travaillent
d'arrache-pied pour insérer cette bizarrerie ambiante dans un contexte
plausible. Autant le dire tout de suite, Schlingensief s'en bat les
couilles de la plausibilité.
Les seules infos sures qu'on obtient à la fin du récit, c'est qu'on
est en Allemagne. Pour le reste ... Le film s'amuse, grâce au montage,
grâce aux angles de caméras, grâce à la destruction de règles (ses
essais sur la règle des 180 est fascinant, tant parfois, à cause de ce
qui est montré, on l'oublie, mais il la transgresse presque sans cesse),
de nous balader d'une réalité à une autre. D'une temporalité à une
autre. Les dialogues n'ont pour la plupart aucun sens. Et quand ils en
ont, ils n'en ont qu'en tant que commentaire direct sur le film en tant
qu'essais. Ou bien ce sont des citations nazies. Ça dépendra.
Schlingensief est une figure contestée dans le cinéma Allemand.
Depuis ses premiers films, de nombreux professionnels du métier se
poseront la question de la qualité, et surtout du sens, de son héritage.
Donc au final, de quoi parle menu total ? Du nazisme ? Sans doute,
comme tous ses films. De la représentation de la violence ? Peut-être.
Du conformisme de du cinéma ? Du futur ? De rien du tout ? Je n'en sais
foutre rien.
Ce que je sais en revanche, c'est que ça m'a plu, beaucoup. D'une
part parce que ça faisait longtemps que j'avais pas vu un film vraiment
bizarre, ça rafraichit à l'heure ou la grande majorité des films me font
chier. D'autre part car le rythme est parfait à mon sens, on alterne
différentes mini scaynetes sans que ça ait le moindre sens, certes, mais
elles durent à chaque fois ce qu'il faut de temps pour nous émouvoir,
nous émerveiller ou nous dégouter. Car oui, si je mets surtout en avant
le caractère dégueulasse du film, car il est majoritaire (pensée à cet
enchaînement : citation nazie - viol d'handicapée - mangeage de cerveau
en quelques minutes), il y a aussi de beaux moments de grâce au milieu
de ce zbeul incessant. La danse entre le fils (? je sais pas en vrai si
c'est le fils ou quelqu'un d'autre) et sa mère handicapée aurait pu
figurer dans un Tarkovski tant c'est beau.
Pour conclure, enfin, je pense que c'est le genre de film qui n'est
pas destiné à tout le monde, pour certains ça ira à l'encontre de leur
idée du cinéma, pour d'autre, ce sera juste vulgaire et chiant. Mais je
pense que ce genre de film est à saluer, justement, pour cette capacité
intrinsèque à diviser le public tout en posant de réelles pistes de
réflexion sur le médium. Sans doute un des meilleurs films de cinéma sur
le cinéma que j'ai eu l'occasion de voir ces derniers temps. (PizzaMegazord)
Merci beaucoup pour cette découverte.
RépondreSupprimerça a l'air chelou cette affaire.
RépondreSupprimermerci
Et existerait-il quelque part une copie d'United Trash (autre ovni cinématographique de Schlingensief avec Udo Kier et Kitten Natividad, pas moins !) vu jadis dans un aussi improbable qu'éphémère festival dédié au mauvais genre à Lille ?
RépondreSupprimerTrès curieux de découvrir cette curiosité.
RépondreSupprimerBonjour, pourriez vous réupload "tire encore si tu peux" car les liens sont morts. Merci beaucoup pourle travail fait sur ce blog, qui m'a permis de découvrir de vrais bijoux du 7éme art.
RépondreSupprimerS'il vous plait*
SupprimerOui, c’est du cinéma, du moment qu’une personne filme, et qu’une personne s’agite devant. Seulement le descriptif de ce film me dont des démangeaisons. La vie est suffisamment compliquée le jour pour que le soir venu, j’en rajoute une couche avec un film qui fait « réfléchir ». Ça urge la carafe de tisane calmante !
RépondreSupprimerChapeau bas au courageux et merci de m’avoir prévenu !
ça à l'air bien gargantuesque ce menu , merci Loco et Humungus
RépondreSupprimerdu lourd et une totale découverte. merci bien.
RépondreSupprimerSpécial! Merci pour cette découverte.
RépondreSupprimerEffectivement, c'est une belle bizarrerie ce film.Comme d'habitude avec Christoph Schlingensief, on navigue entre le z pur et dur, et le film très auteurisant. C'est souvent insupportable et génial à la fois.Après, les comparaisons avec Lynch,Fellini,Fassbinder ou Tarkowski faite dans l'analyse de PizzaMegazord, me semblent assez audacieuses, je ne vois pas du tout quel peut bien être le rapport entre Schlingensief et ces 4 cinéastes.
RépondreSupprimerUn peu dommage par contre, cette fascination assez ambiguë pour le nazisme, je comprends bien que la provoque ça paye, mais bon...
https://youtu.be/-MkRuV0aCcI
Merci Locostone
Merci infiniment pour cette découverte !
RépondreSupprimerMerci à Anonyme 😉
RépondreSupprimerChapeau bas pour ce partage, et merci
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